Le paysage médiatique
libanais a été menacé, une nouvelle fois par le confessionnalisme.
Le 15 février, la colère des partisans du mouvement chiite Amal explose devant le siège de la chaîne de télévision Al Jadeed. Les militants gardent en otage les salariés dans leurs bureaux, jettent des pierres et des bâtons sur les bâtiments, insultent les journalistes et le directeur de la chaîne. La cause de cette colère ? L'émission satirique “Douma Karaseh” diffusée sur cette chaine deux jours auparavant, dans laquelle les marionnettes caricaturales du leader d’Amal, également président du Parlement, Nabih Berri, et de l’imam Moussa Sadr apparaissent pour la première fois. Cette fois, “Douma Karaseh”, un programme cynique qui critique toutes les partis politiques sans exception, n'a pas fait rire tout le monde. Il a au contraire déchaîné les pires sentiments sectaires. Mettant en danger le corps médiatique libanais.
« Au Liban, il y a trop de libertés et pas
assez de démocratie ». Ainsi parle l’ancien Premier ministre libanais Salim Al- Hoss, résumant la situation actuelle des médias libanais. Le pays du Cèdre, connu
par la diversité de son paysage médiatique, surtout audiovisuel, est
considéré comme le phare du pluralisme au Moyen-Orient. Paradoxalement, il est aussi caractérisé par la mainmise des partis
politiques sur les médias, exclusivement confessionnels et dépendants de leurs
investisseurs.
Dans la période post-guerre civile de 1975, le paysage médiatique était marqué par une autocensure, particulièrement visible dès lors qu’était abordée la question de la présence syrienne au Liban. En 1996, le gouvernement a autorisé quatre chaînes
télévisées privées : Future TV, NBN, MTV et LBC. La concurrence a alors éclaté. La
distribution des licences par le biais de la loi 382/94 a été faite "sur
des bases politiques et non économiques", affirme le président de la
République de l’époque, Elias Hraoui.
Mais la véritable rupture dans le paysage médiatique libanais se situe au lendemain de l’assassinat du Premier ministre Rafic Hariri en 2005. Cet évènement a aggravé la division des médias, devenus de véritables organes de propagande des deux camps qui se sont alors constitués. La coalition du 14 mars, prônant un Liban indépendant des problèmes régionaux en s’appuyant sur une aide internationale, dispose de deux chaînes, propriétés de la famille Hariri, Future TV et la chaîne d’information Ekhbariat-Al-Moustaqbal qui a commencé à diffuser en 2007. De son côté, l’opposition du 8 mars, qui envisage le Liban intégré dans le système régional, est soutenue par la chaîne Al-Manar, propriété du Hezbollah, la télévision NBN, qui appartient au président de l’Assemblée nationale et chef du mouvement chiite Amal, Nabih Berri, et la chaîne OTV, propriété du président de la République actuel Michel Aoun. Quant à la chaîne New TV, de tendance gauchiste, elle prend alors parti clairement contre le gouvernement même s’il lui arrive parfois de critiquer timidement l’opposition. La vacance récente à la présidence de la République constitue un évènement qui a perturbé les Libanais et les médias. Et un exemple de la lecture politique des chaînes de télévision : celles-ci ont traité le sujet comme un problème d'opposition entre les coalitions du 8 ou du 14 Mars.
D’une autre part, le financement du secteur
audiovisuel au Liban se repose fortement sur les chaines panarabes se tenant à
Beyrouth soit par de simples correspondants, soit par des studios de diffusion.
(al- lou’loua, al- mayadeen- al-quds al arabi…).
Alors que LBC parait relativement indépendante, car elle appartenait au propriétaire saoudien prince Al-Walid Bin Talal), ce qui lui a permis de proclamer son indépendance.
Alors que LBC parait relativement indépendante, car elle appartenait au propriétaire saoudien prince Al-Walid Bin Talal), ce qui lui a permis de proclamer son indépendance.
Ce qui marque le paysage audiovisuel libanais
est la domination du secteur privé. LBC, OTV, MTV, NTV, AL MANAR, FUTUR, NBN,
sont des chaines privées qui « partagent le gâteau » en face de la seule chaine
publique, Télé Liban.
La télévision constitue la plateforme
publicitaire dominante au Liban, et il existe deux secteurs de publicité
télévisuelle sur le marché libanais: l’analogue terrestre (14% de foyers TV) et
le satellite (83% de foyers TV). A la différence des autres pays de la région,
le Liban enregistre un taux relativement élevé de pénétration du câble.
Cependant malgré la propagation des connections illégales par câble, celui-ci
enregistre un faible taux de pénétration soit 5%.
Les médias libanais passent dans une période
particulièrement difficile. Pour préserver leur place, ils se permettent de
jouer sur les divergences communautaires ou politiques.
La loi sur la presse libérale émise par le
président Fouad Chehab reste en vigueur jusqu’à ce jour, mais cette loi
contient d'autre part, les restrictions sur les journalistes libanais qui
doivent se conformer à l'unité nationale et de ne pas aboutir à une incitation
sectaire. Aujourd'hui, les médias libanais reflètent l'état de l'agitation
religieuse et politique dans la société profondément divisée.
Il n'y a pas de chaine de télévision, sauf la
TL qui s’adresse à tous les Libanais, mais sa présence dans le cadre est
minime. « Future TV » s’adresse à la majorité sunnite du pays, « Al Manar »
quant à elle s’adresse à la majorité shiite, Télé Lumière qui est une chaine
télévisée privée, reste lointaine des propos politiques et s’adresse vers les
chrétiens.
Pourtant, l’Etat se trouve incapable d’arrêter
la diffusion de ces chaines et discours religieux à cause d’entrainer une
guerre, car le champ libanais est historiquement fertile concernant la guerre.
Si on voulait arrêter Al- Manar, on entrera dans un conflit avec Hezbollah que
personne ne le voudra.
Le traitement partiel de l’information soulève
les interrogations sur la crédibilité des chaînes libanaises et contribue
plutôt à l’aggravation du confessionnalisme et du communautarisme. Mais la
grande question qui se pose est: comment continuent à diffuser ces « medias religieux
» acvec leurs statut illégal?
Sortir de la logique du confessionnalisme
pourrait être la tache assignée à la TL mais ce qu’on constate est le
contraire : chaine affaiblie financièrement, qui n’a pas pu se moderniser,
dont l’audience chute. Pourra – t- on encore parler de pluralisme libanais quand la seule chaine généraliste, publique,
non communautaire aura disparu ?
Zeina Karam
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